Ci dessous une histoire imaginaire d’un soldat engage dans la deuxieme DB de retour a Nouans à la fin de la guerre

Le 8 mai 1945, la cloche de l’église de Nouans n’avait jamais sonné aussi fort. On disait même qu’elle avait pris de l’avance, pressée comme tout le monde d’annoncer la fin de la guerre.Sur la route poussiéreuse, un half-track avançait lentement. À l’arrière, assis de travers sur son sac, le sergent Marcel Lenoir regardait les haies défiler. Trois ans plus tôt, il avait quitté le village avec une valise trop petite, une moustache trop fine et une mère persuadée qu’il n’emporterait pas assez de chaussettes. Elle avait raison pour les chaussettes.

La 2e DB rentrait. Et lui rentrait chez lui.

Quand le véhicule s’arrêta devant la place, Marcel resta quelques secondes immobile. Le silence lui parut étrange. Après des mois de moteurs, d’obus et d’ordres criés, entendre seulement des oiseaux avait quelque chose d’irréel. On aurait dit que même les moineaux chuchotaient pour ne pas le brusquer.Puis quelqu’un cria :
— Marcel ! C’est notre Marcel !

Le charme se rompit aussitôt. La place se remplit comme par magie. Des enfants surgirent de partout, des femmes essuyaient leurs mains sur leurs tabliers, et les anciens sortaient déjà les bouteilles « pour les grandes occasions », celles qui attendaient depuis 1940 avec une patience admirable.Sa mère arriva en tête, évidemment. Elle ne courait jamais d’habitude. Ce jour-là, elle battit tous les records locaux. Elle le serra si fort que Marcel se demanda brièvement s’il avait survécu à la guerre pour mourir étouffé sur la place du village.

— Tu es trop maigre ! déclara-t-elle en pleurant.
— C’est la mode, maman, répondit-il.

Les rires éclatèrent. Les tensions de cinq années semblaient tomber d’un seul coup, comme une veste trop lourde.Le maire improvisa un discours sur les marches de la mairie. Il parla de courage, de liberté, de République… et perdit trois fois sa feuille. Personne ne lui en voulut. Tout le monde pleurait ou riait, parfois les deux en même temps, ce qui compliquait la compréhension du discours mais améliorait nettement l’ambiance.

Marcel regardait les visages. Certains avaient changé. D’autres manquaient. Les absents étaient partout, silencieux mais présents. Il pensa à ses camarades restés loin d’ici. Il aurait voulu leur montrer cette place, ce soleil, cette odeur de pain chaud qui sortait de la boulangerie comme si la guerre n’avait été qu’un mauvais rêve.

Une petite fille tira sa manche.
— Monsieur le soldat… vous avez vu Paris ?

Il sourit.
— Oui.
— C’est vrai qu’il y a beaucoup de lumières ?
— Oui. Mais aujourd’hui, je crois que Nouans brille encore plus.

On ouvrit les bouteilles. On sortit les tables. Quelqu’un trouva un accordéon. La musique hésita deux secondes, puis décida que la paix méritait bien quelques fausses notes.Au milieu des rires et des verres levés, Marcel respira profondément. Pour la première fois depuis longtemps, il n’avait plus besoin de regarder derrière lui.La guerre s’arrêtait là, sur cette place, entre une cloche trop enthousiaste, un accordéon courageux et une mère qui continuait de répéter qu’il fallait absolument qu’il mange davantage.

Et pour la première fois depuis longtemps, l’avenir ressemblait à quelque chose de simple : rentrer à la maison, poser son sac… et ne plus jamais repartir.